Franck jetta un coup d'oeil dans le retroviseur intérieur de son opel et y aperçut le reflet de Matthieu, son jeune fils âgé de quatorze ans. Il tourna ensuite la tête vers sa droite et constata que Laura s'était endormie. Déjà bientôt dix-huit ans qu'il l'avait vu pour la première fois à l'hôpital. Que le temps passait vite! Douze ans que Franck ne pouvait voir ses enfants uniquement pendant les vacances, et à partir d'aujourd'hui, ils allaient vivre chez lui! Il avait été pris au dépourvu, deux semaines plus tôt, lorsque son ex-femme lui avait annoncé qu'à cause de la promotion qu'elle avait recu dans son entreprise, et des nombreux déplacements professionnels que cela impliquait, elle lui confiait la garde de Laura et Matthieu. En l'apprenant, bien sûr, il en avait été enchanté mais il se doutait qu'il n'en était rien pour ses progénitures qui devaient quitter lycée, ville, amis et même pays...
Alors qu'ils quittaient l'autoroute et qu'ils roulaient en direction d'un village nommé Loitsche, Franck angoissait. Depuis que Laura et Matthieu étaient venus en Allemagne, il s'en était passé des choses. Il avait fait la connaissance de Katrin et habitait désormais avec elle et ses deux fils. Franck en avait vaguement parlé à ses ados au téléphone mais jamais, ils ne s'étaient rencontrés. Que se passerait-il si cette famille recomposée ne s'entendait pas?
<< il y a pas de raison que ça ne marche pas >>, se rassura Franck.
- On arrive dans combien de temps?, demanda Laura qui venait de se réveiller.
- Dans une dizaine de minutes environ.
Franck se dit qu'il était temps de "prendre la température".
- Alors, reprit-il d'un ton énergique, vous avez hâte de rencontrer votre nouvelle famille?
- Sans plus, répondit mollement Matthieu en regardant les champs défiler par le fenêtre.
- Et toi Laura?
- Mouais.., dit-elle en haussant les épaules.
- Quel enthousiasme, ça fait peur... Allez quoi, vous devriez être contents! Deux nouveaux frères, c'est sympa, non? En plus, ils ont à peu près vos âges. Alexander a dix-huit ans et Thomas seize. Ils vont vous présenter leurs amis et vous vous en ferez vite pleins!
- Ouais bah si on avait été obligés de venir là, on aurait pas besoin de s'en faire de nouveau, lâcha Matthieu.
Dehors, les champs laissaient place au bourg de Loitsche précédé d'un panneau " Wilkommen in Loitsche".
- Je sais bien que pour vous, c'est pas évident mais faîtes un effort et je suis sûr que tout se passera bien. Bon, on arrive.
Franck garra la voiture dans la cour d'une maison.
- Et soyez gentils avec Katrin, Alex et Thomas, d'accord?
- C'est bon Papa, on est pas des gamins, répliqua Laura.
Tous les trois sortirent de l'opel, ça laur faisait du bien de pouvoir de dégourdir les jambes. Laura survola du regard la rue, une route et des maisons de chaques côtés. Le quartier avait l'air plutôt calme. Cette impression était peut-être du au fait qu'il n'y avait personne dehors.
- Bonjour!
Une femme blonde venait de sortir de la maison.
- Tu dois être Matthieu, dit-elle après avoir fait la bise à Matthieu. Et toi Laura..
Elle s'avança tout sourire vers celle-ci et lui embrassa les deux joues. C'était donc elle.
- Alors, pas trop fatigués du voyage?, demanda-t-elle aux deux jeunes.
- Katrin, tu viens m'aider à descendre leus valises?
- J'arrive. Allez-y entrez, vous êtes chez vous maintenant, ajouta-t-elle avant de se diriger vers franck pour l'aider.
Laura échangea un regard avec Mattieu qui semblait, comme elle, un peu... perdu peut-être. Tous les deux pénétrèrent donc dans la maison. ils arrivèrent dans le salon.
- Waouh, pas male la baraque! C'est bien décoré, s'exclama Laura en observant la pièce.
- Vous trouvez, c'est moi qui ai tout fait. Enfin, votre père m'a un peu aidé aussi, dit Katrin, visiblement ravie.
Elle venait de les rejoindre, leur père à sa suite. Soudain, ils entendirent comme des coups provenant de l'étage suivis d'éclats de rire.
- Qu'est-ce qu'ils fabriquent encore ces deux-là?, soupira Katrin. Les garçons, vous descendez?, s'écria t-elle.
Après quelques secondes pendant lesquelles on pouvait les entendre parler entre eux, sans comprendre, des pas résonnèrent dans l'escalier. Les voilà...